Retour à Protestantisme et société

Retour à l'accueil

Crottes du diable ou fruits de l'Esprit

In : Pour la Vérité juillet-août 2002

Par le pasteur Claude Baty

Les crottes du diable », c'est sous cette forme expressive qu'un haut fonctionnaire vénézuélien a décrit l'or noir 1 ! C'est que la malédiction pétrolière n'est pas l'apanage des seuls pays du continent noir, il suffit pour s'en convaincre d'évoquer des pays tels que la Birmanie, l'Indonésie, le Venezuela. Mais l'Afrique se distingue cependant par de nombreux exemples de mauvaise gestion pétrolière : Nigeria, Angola, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale...

Il faut savoir que le pétrole n'est pas une ressource immédiatement monnayable : plusieurs années d'exploration sont nécessaires pour trouver des gisements, et encore des années pour les exploiter. Pour réduire au maximum ces délais, et disposer d'argent tout de suite, les gouvernements africains ont prévendu le pétrole. La majorité des barils extraits aujourd'hui ont été vendus il y a bien longtemps, et les bénéfices... employés à gagner les élections, à acheter des armes, etc.

Ressources vampirisées, populations sacrifiées
De nombreuses enquêtes l'ont montré, «l'économie de l'or noir, en Afrique, loin de favoriser le progrès économique et social, vampirise les ressources financières et humaines des pays concernés. Ils sont parmi les plus endettés et les plus en retard, ils sont aussi ceux qui subissent des guerres interminables 2 .. » Le Nigeria, première puissance pétrolière d'Afrique, a l'une des populations les plus pauvres du continent, la manne pétrolière extraite par les compagnies pétrolières occidentales permet à des élites tyranniques et leurs clientèles corrompues de s'enrichir et de se maintenir au pouvoir, cela depuis des décennies.

Jusqu'à ce jour le pétrole n'est pas une chance pour les populations locales qui ne profitent pas des richesses de leur pays. Plus grave encore, ceux qui sont à la tête de ces pays n'ont pas besoin des populations, ni de la richesse que celles-ci pourraient produire pour s'enrichir, ils peuvent donc facilement se passer d'elles ce qu'ils font dans les faits en n'hésitant pas à les sacrifier pour rester au pouvoir à tout prix.

Le tout impunément ?
Comment se fait-il que ces faits connus de tous et dénoncés par beaucoup puissent perdurer ?

En avril 2000, Amnesty International et quelques autres associations retournant l'argument favori des multinationales, ont lancé une campagne sur le thème : « Human rights is the business of business » (les droits humains sont l'affaire des hommes d'affaires). A cette occasion, une étude réalisée auprès des cinq cents plus grandes sociétés mondiales a révélé que 36 % d'entre elles avaient décidé de ne pas donner suite à un projet d'investissement à cause de problèmes de droits de la personne et que 19 % avaient désinvesti et quitté certains pays pour la même raison. (Le Monde diplomatique, décembre 2000). II y a chez certains hommes d'affaires une prise de conscience de leur responsabilité morale mais chez le plus grand nombre les affaires restent les affaires ! Il faut dire à leur décharge que les gouvernements ne donnent pas toujours le bon exemple. Il leur arrive fréquemment de sacrifier les droits humains sur l'autel des intérêts stratégiques et commerciaux. La plupart des gouvernements - même les plus attachés au respect des principes - hésitent à dénoncer les violations et la corruption lorsqu'elles ont un parfum de pétrole.

Et chez le « cher Denis » …
Les relations peuvent être encore plus ambiguës, derrière une façade de non-ingérence les intérêts et l'influence sont maintenus. En ce qui concerne les relations entre la France et le Congo Brazzaville, on ne peut que s'étonner du silence maintenu en France sur tout ce qui concerne ce pays. Il faut se lever tôt pour espérer entendre des nouvelles du Congo (6h30 sur RFI !). Le Congo Brazzaville n'est évidemment pas le seul pays d'Afrique à connaître des problèmes graves, mais ce qui reste surprenant c'est que ce pays qui a des liens historiques avec la France soit comme sous embargo du point de vue de l'information. D'un point de vue politique il semble impossible de faire remonter les dossiers jusqu'au niveau européen par l'intermédiaire de la France. On a parlé des réseaux de la françafrique, des liens personnels unissant certains de nos gouvernants avec ceux du Congo...

Les protestants quant à eux essayent depuis plusieurs années de soulever le couvercle, aujourd'hui il semble que d’autres soient prêts à bouger. Il est important qu’on parle de ce qui se passe dans ce pays.

Rappelons quelques faits. L'actuel président, Sassou Nguesso parvenu au pouvoir par la guerre (1997) n'a pas pu préserver la paix, la guerre de 1999 a été une guerre civile avec des relents de génocides. Depuis, dans un pays exténué, le président a fait approuver une constitution taillée à sa mesure et s'est fait élire dans la foulée avec 89 % des voix. Il faut dire que son principal concurrent a été obligé de se retirer à la veille du scrutin. Les responsables politiques en France ne trouvent rien à redire alors que tous hurlaient contre Mugabe qui au même moment se maintenait au pouvoir au Zimbabwe en truquant les élections (et pourtant avec moins de 60% des voix !). Ces derniers jours les élections législatives n'ont pas apporté d'amélioration démocratique, la participation est très faible. Bien plus, pendant ce temps, sous prétexte de réduire un opposant, l'armée régulière détruit des villages entiers dans le pool (région traditionnellement opposée au pouvoir du Nord). Les réfugiés affluent de nouveau à Brazzaville, rapportant de nouvelles exactions subies, pillages, viols, meurtres, etc.

Agir !
Les protestants, nous le disions, essayent de sensibiliser l'opinion. Une plate forme a été mise en place à la Fédération protestante de France, elle est constituée de représentants de plusieurs milieux qui pour la première fois se retrouvent dans un projet commun, DEFAP, CIMADE, SEL, La CAUSE, Armée du salut, Églises évangéliques libres...

Cette plate-forme s'est donnée comme objectif de sensibiliser le protestantisme et au-delà, sur la situation congolaise. Mais plus que de la communication elle propose plusieurs projets dans les domaines de l'éducation, de la santé, de la formation théologique, de la reconstruction (briqueterie, aide aux femmes, écoles, centre de santé ....). Il y a tant à faire ! Ces projets seront portés à la connaissance du public à la rentrée. Ils sont déjà pilotés par l'une ou l'autre des œuvres ou Églises citées.

Quant à nous, Églises libres, sans attendre nous avons fait des gestes. Le deuxième container est arrivé, vous voyez sur la photo quelques responsables recevant symboliquement ce container : le Docteur N'Dandou (responsable de l'ASU), le pasteur Testsi (vice-président de l'EEC), Louise Bakala (OSDO), et Bertil Ahman (suédois responsable de l'ASU). Même si notre participation est faible elle est un signe important que ces frères et soeurs ne sont pas abandonnés.

Autre action : le recyclage des pasteurs avec le don de la Nouvelle Bible Segond. Il devrait se tenir du 15 au 20 juillet si la situation politique le permet. Cette bible trouve là une particulièrement belle utilisation !

Le fruit de l'Esprit contre les crottes du diable !

Face au pouvoir du diable qui se sert de l'argent pour attiser la haine et provoquer la mort et la désolation, , comment les chrétiens ne se mobiliseraient-ils pas pour travailler à la paix et à la justice, pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ ?

1 Le marabout journal satirique diffusé en Afrique de l'Ouest (mars 2002)

2 Le Monde diplomatique décembre 2000, p.4